J’ai roulé en deudeuche

Adolescent, je parcourais les monts du lyonnais avec mes amis en stop.

Étudiant, je naviguais de soirées en cours et de cours en soirées à vélo.

Mes parents ont toujours eu une vision très pratico-pratique de leurs véhicules.

Les rares fois où je leur empruntais leur voiture, c’était toujours par nécessité et jamais pour bien longtemps…

Bref, vous l’aurez compris, peu importe la marque ou le modèle, le monde de l’automobile provoque en moi autant d’émotions qu’un pot en plastique de chez Botanic. Quand je vois les bouchons dans Lyon chaque jour (les bouchons où on bouffe de la pollution, pas ceux où on se régale de quenelles), je me dis que c’est pas plus mal comme ça !

Mais voilà que ce jeudi dernier, en ouvrant le portail du dépôt de Green Style à un cortège multicolore de 2CV alignées les unes sur les autres sur un grand camion, j’ai des palpitations.

Crôa crôa

Elles me regardent toutes avec leurs petits yeux de grenouilles, et il paraît évident qu’elles ne me veulent pas de mal. Pacifiques, féminines et joyeuses, elles défilent devant moi pour rejoindre leur dortoir au fond du dépôt.

 

Demain, elles auront du travail…

 

Vendredi, 17h. 76 collaborateurs-trices de Green Style rejoignent les 2CV. Alignées en face de nous, elles semblent rire devant notre émerveillement.

 

Plus de 20 2CV en tout… heureusement que le dépôt est bien rangé !

 

L’organisateur de cette escapade entre collègues nous coache sur les règles du jeu, les règles de sécurité et le trajet à suivre … mais surtout : « comment conduire une 2CV ? ».

Anticiper, gérer le relief, prendre de l’élan…

Un mélange d’appréhension et d’excitation s’empare de moi alors qu’on nous explique comment les fenêtres s’ouvrent. Si rien que les fenêtres méritent un discours, alors qu’en est-il du reste !

Passer les vitesses, freiner en avance, anticiper davantage…

Finalement, les explications collent à peu de choses près exactement à mon expérience avec le seul véhicule que j’ai en partie possédé : un camping-car C25 de 1984.

Bon. Ça devrait être tranquille du coup.

 

Mais trêve de divagations, il est temps de découvrir son équipe.

Toutes les équipes ont été laissées au hasard, et je trouve que c’est une super idée. On se retrouve parfois avec des inconnus et hop, on sort de sa zone de confort. Dans une entreprise de 113 personnes, ça fait plaisir de se mélanger et se découvrir.

Ainsi, je fais la rencontre de Bruno et Vincent, deux jeunes jardiniers paysagistes super énergiques.

Trois jeunes hommes au volant d’une deudeuche blanche et rose… La classe.

Sans trop attendre, impatients, nous montons à bord. Là, rien de très compliqué : deux banquettes, un volant, le célèbre levier de vitesse et des essuie glaces électriques (waouh !). Seulement le strict nécessaire.

 

Pas de climatisation automatique bi zone, ni de siège chauffant… par contre le toit est ouvrant !

 

Pour moi, c’est une petite claque : il est quand même question d’une voiture populaire ayant transporté des milliers de familles à travers la France ! Et ils ont composé avec cette sobriété.

A peine ai-je posé mes fesses sur la banquette côté passager, que notre 2CV me questionne sur la nécessité de l’abondance indécente dans laquelle nous nous empâtons…

Comme quoi.

 

Mais voilà que Vincent démarre la 2CV et le vacarme du moteur me sort de mes rêvasseries. Il faut dire que la carrosserie de la voiture, plus fine qu’une feuille de papier toilette premier prix, me donnent l’impression d’avoir collé mon oreille gauche directement sur le bicylindre.

 

Incroyable qu’une si petite bête puisse faire tant de bruit !

 

Et on roule !

Je joue le rôle de copilote : direction Brindas, où nous résoudrons des énigmes tant bien que mal sur la place de Verdun et autour. Une chose est sûre : sur la route, nous sommes hilares et faisons le café des passants et chauffeurs qui s’étonnent et commentent notre heureux cortège.

L’amortissement légendaire de la 2CV tempère la rudesse de ce premier trajet.

Mais comme « rien n’est gratuit », en contrepartie le comportement du véhicule semble tout droit sorti d’un autre monde. On plonge à droite, à gauche, on tangue… J’ai l’impression d’être sur un voilier dont le capitaine aurait un peu trop forcé sur le rhum et changerait de bord toutes les 5 secondes.

Après Brindas, direction Yzeron, mon village natal ! Arrivés à Vaugneray, d’humeur aventurière, je propose un petit raccourci à mes collègues de route… Nous décidons donc de monter à Yzeron par « la coursière ».

Pour ceux qui connaissent cette route, euh… ce sentier… enfin, cette tortille !… Vous vous demandez peut-être quelle folie passagère m’a touché ?

Pour les autres, imaginez une traboule campagnarde au relief improbable, parsemée de dos d’ânes inopinés, ponctué de nids-de-poule et de virages avec la même visibilité que dans un labyrinthe végétal.

 

On s’y croirait presque

 

Et, malgré un moment de galère exquise lors d’un démarrage en côte à Vaugneray, je suis très fier d’avoir monté la route de la coursière en 2CV avec brio ! Arrivés à Yzeron, je me dis que quand même, la vieille titine tient très bien la route. Il suffit de lui faire confiance et de se laisser balloter

 

Halte au parking du lac du Ronzey, où nous sommes confrontés à un nouveau défi : conduire entre des cônes… les yeux bandés, seulement guidé par un copilote situé en dehors de la voiture.

Vincent réussit le défi les yeux fermés… enfin, les doigts dans le nez, et on repart direction Thurins !

 

Au tour de Bruno de prendre le volant. Seul sur la banquette arrière, je regarde notre nouveau pilote transformer chaque virage en mini challenge avec toujours la même question : va-t-elle y arriver ?

Et plus ou moins volontiers, la 2CV y parvient toujours. Mais à peine un virage terminé qu’un autre arrive et le doute revient.

 

La 2CV ne manque pas d’humour.

 

 

Arrivés à Thurins, nous sommes mis devant le défi de répondre à des questions historiques sur la 2CV. Ce n’est pas par mauvaise volonté mais, comment dire…

On a répondu au pifomètre, à l’instinct, au jugé.

Trop jeunes.

 

 

Et en route, mauvaise troupe ! On the road again, nous voilà partis pour notre dernier arrêt avant le retour à Pierre-Bénite : Soucieu-en-Jarrest.

 

Notre ultime défi consiste à faire une marche arrière et de s’approcher le plus possible d’une petite caisse sans la toucher. Toucher la caisse ou freiner plus de trois fois équivaut à une élimination. Heureusement, deux copilotes assis dans le coffre (tant bien que mal) guident le pilote par la voix.

Vincent s’approche de la caisse à moins de 2cm… mais un peu frileux, nous décidons que c’est notre dernier mot.

Ou peut-être avions nous simplement très envie de retrouver la liberté de la route ?

 

Dernière ligne droite, Bruno et Vincent me proposent de reprendre le volant.

Je dis pas non !

Sur l’autoroute, nous nous permettons un peu de voie de gauche. Chaud devant !

Quoi, déjà arrivés ?

 

Basique, déconcertante et un peu nonchalante, mais quel caractère ! Loin de toutes les normes modernes, mais si proche de l’essentiel, la 2CV nous donne une leçon de savoir vivre et de savoir-être.

 

Ses hôtes partagent des émotions de libération et de familiarité.

 

Elle nous fait voyager dans le temps en nous faisant revivre l’exaltation de nos parents et grands-parents qui apprenaient à se déplacer avec elle.

 

Cela en tête, je n’ai pas particulièrement envie que ce moment s’arrête, mais je ne suis pas non plus mécontent d’arriver : le tumulte intenable et la rusticité de la 2CV nous a bien lessivés…

 

A ce moment, je me demande… comment ont-ils pu conduire autant dans ces conditions ? Était-ce la découverte de la liberté offerte par la voiture qui était plus forte que tout ? Ou les mentalités étaient-elles plus tenaces et résilientes qu’aujourd’hui ?

 

Bon, assez philosophé, car comme il est coutume chez Green Style : après avoir fait chauffer le moteur, le réconfort ! Traiteur passionné, Canute Lyonnaise à la pression et bouteilles de vin sont au rendez-vous pour terminer cette soirée en beauté.

 

Merci à Green Style, merci à Guillaume, Karine et Diabolo Spirit pour avoir organisé cette magnifique soirée d’été, merci à Daniel de donner l’impulsion à de tels projets, merci à Vincent et Bruno de m’avoir fait pleuré de rire dans notre joli petit tacot.

 

Merci à vous tous de m’avoir permis de vivre cette expérience.

 

Dans un monde où il faut atteindre sa destination toujours plus vite sans jamais ressentir la moindre émotion, la 2CV est une piqûre de rappel que la destination seule ne compte pas ; mais qu’il faut également en apprécier le chemin.

 

Gary Radix – responsable RSE

1 commentaire pour “J’ai roulé en deudeuche

  1. Quel Bonheur de vivre de tels moments avec mes collaboratrices et collaborateurs ….Merci Gary pour ce récit qui décrit si bien l’ambiance qui règne chez Green Style.Daniel Lachana

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