Quatre séquences pour reconnecter le vallon
Au cœur de Marcy-l’Étoile, 5,8 hectares de vallon relient désormais le centre-bourg aux portes du parc de Lacroix-Laval. Le projet associe accessibilité, nouveaux usages, restauration du ruisseau de la Tamina et renforcement des milieux naturels. Derrière une écriture paysagère sobre, le chantier a mobilisé des terrassements lourds et une véritable ingénierie écologique.
Un vallon charnière, du sol à la promenade
Long de plus d’un kilomètre, le Vallon des Pierres Rouges se glisse entre les quartiers résidentiels, les équipements communaux et les emprises d’activités. Avant les travaux, ses franges disparates, ses revêtements vieillissants et ses cheminements peu lisibles limitaient son rôle de liaison. L’enjeu était de recoudre ce morceau de commune sans transformer le vallon en parc urbain uniforme.
Le chantier a créé 1,2 km de voie piétonne et 400 m de voie verte accessibles aux poussettes, aux personnes âgées et aux personnes à mobilité réduite. Il a nécessité 7 400 m³ de terrassements, dont 700 m³ autour de la Tamina, le décroûtage d’environ 1 600 m² d’enrobés et la réutilisation sur site de 1 000 m³ de terre végétale. Les sols ne constituent donc pas un simple support de finition : ils forment la matière première du projet.
Séquence 1 : ouvrir le vallon depuis le centre-bourg
Entre le giratoire de la mairie et le groupe scolaire Dolto, la première séquence fabrique un seuil lisible. Les pentes ont été reprises, les parcours hiérarchisés et les franges plantées pour amorcer la descente sans rupture. Le mobilier, majoritairement en bois, reste volontairement discret. L’entrée du vallon fonctionne ainsi comme un espace public de proximité avant de devenir une promenade.
Séquence 2 : création d’un parc
La partie centrale concentre les usages partagés. Des pontons en bois franchissent les points bas et relient les cheminements. Une aire ludique en bois prend place dans une clairière, accompagnée d’assises en grumes, d’une table de pique-nique et de bancs. Deux classes en plein air offrent aux écoles un support pédagogique directement inscrit dans le paysage.
Environ 7 000 m² de surfaces plantées structurées associent vivaces, couvre-sols, arbustes et jeunes plants. De larges prairies fleuries conservent des vues ouvertes et une gestion plus extensive. Le parc reste traversant : les équipements n’interrompent ni la topographie ni la relation avec les arbres en place.
Séquence 3 : rendre la Tamina visible et fonctionnelle
La remise à ciel ouvert du ruisseau constitue le noyau technique de l’opération. Une dérivation provisoire et une mise à sec ont permis d’intervenir hors d’eau. Le busage a ensuite été retiré, le lit repris et un déversoir de crue aménagé. Des seuils en bois stabilisent les écoulements, complétés ponctuellement par des gabions, des enrochements et des substrats granulaires.
Les berges ont été protégées par un géotextile coco biodégradable et ensemencées avec des espèces adaptées aux milieux humides. Les ouvrages minéraux restent limités aux franchissements et aux points soumis aux contraintes hydrauliques les plus fortes. Cette combinaison évite de figer le cours d’eau : la Tamina redevient lisible, ses berges se végétalisent et le fond de vallon retrouve une continuité écologique.
Séquence 4 : laisser davantage de place au grand paysage
Vers le nord, le degré d’aménagement diminue. Les chemins subsistent, mais le mobilier se raréfie et les plantations prennent le relais. Au total, 185 arbres et 24 000 plantes couvre-sol ou de zone humide ont été installés. Les prairies fleuries, les hélophytes et les boutures de saules épaississent les lisières et amorcent une ripisylve plus stable le long du ruisseau.
Nichoirs, gîte à hérisson, pièges à graines et haies sèches complètent le dispositif. Ces éléments accompagnent la gestion différenciée du site et créent des supports d’habitat ou de reproduction au sein d’un espace qui reste ouvert au public.
Plus de 180 espèces, choisies selon les milieux
La palette végétale répond aux contrastes du site, depuis les secteurs secs et ensoleillés jusqu’aux berges humides. Parmi les arbres figurent par exemple des Alnus x spaethii, Acer monspessulanum, Prunus subhirtella ‘Autumnalis Rosea’, Quercus cerris, Quercus frainetto, Quercus phellos, Tilia x euchlora et Tilia platyphyllos. Les strates arbustives associent notamment Cephalanthus occidentalis, Clethra alnifolia, Viburnum opulus et Rhamnus cathartica.
Sur les zones plus sèches, Ballota pseudodictamnus, Cistus creticus et Phyla nodiflora (synonyme Lippia nodiflora) assurent des couvertures sobres en eau. En bord de Tamina, Lythrum salicaria et Scirpus sylvaticus participent au mélange d’hélophytes. Cette diversité soigneusement choisie répartit les risques et ajuste chaque plantation au sol, à l’exposition et au régime hydrique.
Une liaison presque achevée
Récompensée par le Prix de l’environnement 2025 aux Trophées des maires du Rhône et de la Métropole de Lyon, l’opération réunit aujourd’hui promenade, usages de proximité et restauration écologique. La future passerelle au-dessus de la route de Sain-Bel doit encore parachever la liaison vers Lacroix-Laval. Elle donnera au vallon son rôle complet de continuité douce à l’échelle communale.
La Ville de Marcy-l’Étoile a assuré la maîtrise d’ouvrage. En amont, Marion Ambis Consulting, avec Eranthis pour le paysage, a accompagné la programmation. Urban Studio, mandataire, et Cap Vert Ingénierie ont assuré la maîtrise d’œuvre, les études techniques, l’économie, le suivi du chantier et l’OPC. GINGER a conduit les études de génie écologique et hydrauliques. Green Style a réalisé les aménagements paysagers et assure deux années d’entretien d’accompagnement.